L’année 2024 a été la plus chaude jamais enregistrée au niveau mondial, et ce, pour la quatrième année consécutive. Cette hausse des températures, atteignant 2,2 °C au-dessus des niveaux préindustriels dans 111 pays, représentant près de la moitié de la population mondiale, a amplifié tant les sécheresses que les inondations. Avec des conséquences dramatiques, comme l’ont rappelé les inondations dévastatrices d’octobre dernier à Valence, en Espagne, où plus de 500 mm de pluie sont tombés en seulement huit heures.
La Drôme et l’Isère aussi ont été marquées par des phénomènes climatiques extrêmes cette année, qui ont donné lieu à des reconnaissances « calamité » et une indemnisation par l’état :
- En Drôme, les pluies continues de mars à juin ont causé des pertes considérables sur la production de fruits, ainsi que sur les récoltes de miels et de plantes à parfum (PPAM). Ces pluies ont également impacté le marché de fruit d’été qui a démarré tard dans la saison. Les épisodes de grêle qui ont touché 310 communes du département, ont endommagé les fruitiers, les grandes cultures et le maraîchage. Un épisode de gel fin avril a également détruit une partie des récoltes de fruits et de vignes dans les Baronnies et le Diois.
- En Isère, de forts aux orages (grêle, pluie, vent) de l’été 2024 ont touché les grandes cultures et les noyers, entrainant des pertes de récolte conséquentes sur 489 communes !
Disparité de l’impact pour les indicateurs agro-climatiques
Si la situation de 2024 est particulièrement remarquable, elle s’inscrit néanmoins dans une tendance forte : celle du dérèglement climatique, qui affecte déjà de manière significative l’agriculture et qui s’accélère.
Les territoires ne sont pas tous impactés de la même manière par ces changements. Si on prend l’exemple du cumul annuel de précipitation sur la période 1959 à 2009 en France, on remarque que le sud est impacté par une diminution de la pluviométrie, alors que le nord connait en revanche une augmentation. La Drôme se trouve au croisement de ces deux tendances, et ne voit donc pas de schémas clairs se dessiner sur cet indicateur.
Cette disparité d’impact montre bien l’importance de l’étude des indicateurs agro-climatiques (par exemple date de la première et dernière gelée, nombre de jours échaudant,) sur votre territoire, pour comprendre comment votre exploitation sera impactée demain.
Les conséquences du changement climatique pour l’agriculture : menaces et opportunités
Les menaces les plus immédiates sont liées à la modification des régimes de précipitations et des températures, qui affectent directement la production agricole.
En ce qui concerne la vigne par exemple, l’augmentation des températures moyennes modifie son cycle de développement, avec un démarrage plus précoce au printemps (sensibilité accrue au gel tardif durant le mois d’avril) et l’atteinte d’une maturité des raisons plus précoce (vendanges réalisées 2 à 3 semaines plus tôt que dans les années 1980 selon les terroirs) avec des conséquences sur la qualité du vin (augmentation du degré d’alcool, baisse de l’acidité, changement du profil aromatique, etc.). Par ailleurs, le déficit hydrique se renforce au cours de la phase végétative de la vigne, avec une atteinte au potentiel de production pour une partie des terroirs de la moitié sud de la France.
Depuis plusieurs années, l’arboriculture, et notamment l’abricot, sont impactés par la floraison précoce ou “faux printemps”, due à des hivers de plus en plus doux. Cette précocité peut engendrer d’importantes problématiques en cas de retour du gel au printemps, qui est moins fréquent mais toujours présent. “La fatigue végétale” est aussi une conséquence de ces températures hors normes et signes des changements climatiques : le repos végétatif des arbres et de plus en plus court et peut engendrer des fatigues végétales suivies de mortalités. Pour certaines variétés comme le Bergeron, certains hivers ne seront plus suffisamment froids pour garantir une bonne floraison et donc un bon rendement.
Après plusieurs décennies d’augmentation du niveau de productivité des grandes cultures, il a été observé à partir de la fin des années 1990 l’apparition d’un plafonnement du rendement pour un grand nombre d’espèces comme le blé, l’orge ou le colza (voir Figure 5). L’INRAE et Arvalis ont montré que l’occurrence plus importante des stress hydriques et thermiques (échaudage) pendant la fin du cycle de développement (mai – juin – juillet) expliquent une part significative de cette « non augmentation » du rendement du blé tendre. Par ailleurs, la variabilité interannuelle du rendement des cultures s’accentue (écart entre les extrêmes de hauts et bas niveaux de rendements), l’année 2016 étant un marqueur récent de la vulnérabilité possible des exploitations de grandes cultures de la moitié nord de la France, avec une baisse historique de près de 50% du rendement du blé tendre.
Toutes les cultures sont impactées par la diminution du nombre de jours de gel qui favorise la survie hivernale des ravageurs comme les pucerons ou maladies fongiques. Ainsi, avec l’arrivée des premières douceurs printanières et de précipitations, la pression des ravageurs peut être forte après un hiver doux.
Comment s’adapter ?
De nombreux leviers existent pour adapter votre exploitation au dérèglement climatique : l’adoption de nouvelles pratiques agronomiques, changement du calendrier cultural, choix de variétés plus résistantes, irrigation de précision ou encore protection contre les aléas climatiques… la liste est longue.
Aussi il est important de voir l’exploitation et son environnement comme un système complexe, chaque décision ayant des conséquences au niveau économique, engendrant des investissements ou une modification du temps de travail et parfois de la commercialisation.
Cependant, le changement climatique peut aussi offrir de nouvelles opportunités. Certaines régions, auparavant marginales pour certaines cultures, peuvent devenir plus propices à la production agricole. On voit ainsi émerger en Drôme de nouvelles productions à des endroits où on n’en cultivait pas : oliviers, grenades, agrumes, pistaches… Attention cependant à ne pas céder trop vite aux sirènes de la diversification sans une réflexion, un accompagnement et une formation appropriée, sous peine de déconvenue.
Les systèmes fourragers pourraient voir leur rendement augmenter au printemps et à l’automne, et à l’inverse une baisse de la pousse en été en raison des sécheresses, avec des fluctuations importantes d’une année sur l’autre.
Pour aller plus loin :
- Une enquête dans la vallée de la Drôme pour comprendre comment les agriculteurs et agricultrices s’adaptent, tout en questionnant la résilience alimentaire de nos territoires. La Théorie du Boxeur – Le film – La Théorie du Boxeur – Le film
- un exemple de stratégie de diversification en arboriculture : FERMOSCOPIE Diversifier sa production fruitière pour s’adapter au changement climatique – Grab
une mise en garde sur la prise de risques que cela représente : Amandes, olives, pistaches, grenades… la diversification, un pari risqué en arboriculture – Pleinchamp
un témoignage vidéo de stratégie d’adaptation en grandes cultures Changement climatique: quels leviers d’adaptation en agriculture sur Vimeo
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Caroline ALTARE
Conseillère Généraliste Cerfrance




